La Bête d'Orléans.

Le Loup a, de tout temps, fait partie de la triste et cruelle réalité des habitants de l'Orléanais. Celui-ci a hanté, jusqu'au milieu XIXème siècle, les forêts d'Orléans et de Sologne.

De nombreuses attaques prirent place au cours des siècles. En particulier, sous le règne de Louis XIV (Voir carte infra), près de 120 attaques mortelles se produisent sur 50 ans, de 1665 à 1715 dans la seule Forêt d'Orléans.

Mais ce fléau récurrent, dans l'imaginaire des paysans de l'Orléanais, ne fut rien comparé à l'événement extraordinaire concernant un loup gigantesque qui se produisit dans notre région au debut du siècle suivant.

Orléanais : Attaque du Loup sous le règne de Louis XIV.

Orléanais : Attaque du Loup sous le règne de Louis XIV

Au début du XIXème siècle, dans l'Orléanais et le Dunois, une créature d'une férocité incroyable attaqua de nombreuses personnes, et tout comme la fameuse Bête du Gévaudan échappa à toutes les battues constituées pour l'abattre. Cette créature fantastique, fut bientôt appelée par les populations terrifiées, la Bête d'Orléans.

La Bête d'Orléans et la Bête du Gévaudan ne sont pas les seuls "animaux" ou monstres ayant semé la terreur en France. Les plus féroces semblent avoir été les bêtes de l’Auxerrois et du Vivarais. La première est apparue en 1731 et a fait vingt-huit victimes. Elle est décrite comme un tigre ou comme un loup. Signalons également dès 1766 la "Bête féroce de Sarlat", dans le Périgord, dont la particularité est de s'attaquer non aux femmes, mais aux hommes !

Pour ce qui concerne la Bête d'Orléans, cette créature fantasmagorique fait incontestablement partie des animaux appartenant au domaine de la Cryptozoologie, comme la "la bête du Devonshire" ou le fameux "Chupacabra".

Cette créature sanguinaire a sévi dans l'Orléanais aux alentours de l'année 1814, des régions de Beaugency et de Chaingy jusque dans la Forêt des Loges sur les terroirs de Donnery et de Fay-aux-Loges.

Certains faits ayant trait à d'autres atrocités commises par une Bête hors du commun remontent, dans cette région, à l'année 1806. Il se peut donc que ce monstre ait sévi pendant sept à huit ans dans un périmètre assez vaste.

La Bête d'Orléans.

La Bête d'Orléans : un Loup géant couvert d'écailles (Cf infra)

Dans les premiers temps, cette Bête d'Orléans qui sera également appelée plus tardivement Bête de Chaingy apparaît au pays Dunois, avec la légende si triste des amoureux de Péronville. Quelque temps plus tard, cette créature hante les village des environs de Vendôme, et dévore quatre petits enfants de la paroisse de Saint-Rémy-sur-Avre, aux portes de Dreux.

Une autre fois, c'est une jeune bergère du nom de Jeannine, que la Bête a emportée et dévorée dans la forêt d'Orléans.

Une autre anecdote implique un marchand Rouennais, qui s'en retournait de la foire de Beaucaire, en passant la forêt des Loges, et que le monstre hideux met en morceaux, ne respectant de sa victime (tristes détails) que les bottes et le chapeau.

Ces atrocités se répétèrent pendant de nombreuses années, et ce, malgré de nombreuse battues menées par les paysans et les autorités.

Selon les rares témoignages, la Bête d'Orléans, avait la face d’un homme, des ailes de chauve-souris, des cheveux jusqu’à terre, deux cornes, deux queues, l’une pour prendre, l’autre pour tuer...

Cette description, quoique possiblement fantasque, fait inévitablement penser à un cas aigu de Lycantropie.

La Bête d'Orléans.

La Bête d'Orléans : Seulement un loup de taille gigantesque ?

Voici ce qui fut écrit en l'année 1814 sur cette créature maintenant mythique: "Cette bête cruelle déchire et dévore tout ce qu'elle rencontre sur son passage et porte la désolation parmi des familles entières dans les contrées qu'elle parcourt."

"Le 25 décembre dernier, la Bête rencontra à l'entrée d'un village près Beaugency un malheureux bûcheron, sa femme et son fils aîné. Cette bête féroce se jeta d'abord sur cette malheureuse femme ; le pauvre bûcheron et son fils veulent la défendre : un combat terrible s'engage, mais malgré leurs efforts et de plusieurs autres personnes arrivées, cette malheureuse a péri, et plusieurs autres blessées. Enfin il est impossible de calculer le nombre de malheureux qui ont été victimes de la voracité de cette bête sauvage ; elle est couverte d'écailles, et aucune arme ne peut l'atteindre. Prions Dieu, mes chers amis, qu'il nous délivre de ce monstre, et prions-le aussi pour le prompt rétablissement des personnes blessées par cet animal."


Ce texte est tiré d'une affichette relatant de cette affaire, imprimée à Chartres, chez GARNIER-ALLABRE, Fabricant d'images et Marchand de Papiers peints, place des Halles, Numéro 38g.

Ce texte évoque bien sur la célèbre Bête du Gévaudan par sa nature incroyable, mais elle vient probablement d'un fait divers qui s'est déroulé à Chaingy (quelques kilomètres seulement au sud-ouest d'Orléans) la même année, et à propos duquel on sait ceci :

La Bête d'Orléans.

La Bête d'Orléans : Autre gravure d'époque.

Le 6 Décembre 1814, des femmes et des enfants qui ramassaient du bois mort dans la forêt de Chaingy, furent assaillis par une louve, faisant deux morts et huit blessés. Monsieur le baron de Talleyrand, Préfet, ordonna une battue au cours de laquelle un animal fut tué vers Cercottes.

Bref la véritable Bête échappa aux multiples battues, certaines menées avec des chiens féroces, mais ceux-ci s'enfuyaient en hurlant dès qu'ils apercevaient le monstre.

Alors que les balles de plomb tirées par les fusils s'écrasaient sans mal sur la "carapace" de la bête, un soldat eut l'idée géniale de remplacer le plomb par des pièces d'argent repliées.

Grâce à ces balles d'Argent, la Bête d'Orléans fut mortellement blessée, dit-on, mais, dès le lendemain, elle ressuscita, et fit de nouvelles victimes. L'emploi de ces balles d'Argent fait inévitablement penser à la Lycanthropie (Cf ; Supra)

Lycanthrope (Gravure Allemande de 1722).

Lycanthrope (Gravure Allemande de 1722).



Alors, devant la sorcellerie de cette Bête, les Orléanais constituèrent des groupes magiques de neuf personnes et formèrent des procession en entonnant chants ou des quantiques à fin d'apaiser ou faire fuire la Bête. Les couplets décrivaient la Bête sauvage et sanguinaire, de grands carnages, de peines et de misères, de pauvres créatures emportées et déchirées en lambeaux…

Venez, mes chers amis,
Entendre les récits
De la Bête sauvage
Qui court par les champs,
A l'entour d'Orléans,
Fait un très grand carnage.

L'on ne peut que pleurer
En voulant réciter
La peine et la misère
De tous ces pauvres gens
Déchirés par la dent
D'cett' bête sanguinaire.

Le pauvre malheureux,
Dans ce désrodre freux,
Pleure et se désespère :
Il cherche ses parents ;
Le père, ses enfants,
Les enfants, père et mère.

Qui pourrait de sang-froid
Entrer dedans ces bois
Sans une crainte extrême,
En voyant les débris
De ses plus chers amis
Ou de celle qu'il aime ?

L'animal acharné,
Et plein de cruauté,
Dans ces lieux obscurs
Déchire par lambeaux,
Emporte les morceaux
Des pauvres créatures.

Prions le Tout-Puissant
Qu'il nous délivr' des dents
De ce monstre horrible,
Et par sa sainte main
Qu'il guérisse soudain
Tout' ces pauvres victimes.

Particularité plus extraordinaire, la Bête était véhémentement soupçonnée d'avoir son gîte au chef-lieu de département du Loiret, soupçon auquel, bien entendu, la gendarmerie ne pouvait guère prêter une oreille trop attentive vu son étrangeté.

Une fois de plus ces rumeurs attribuant à la Bête d'Orléans une origine urbaine tendent à renforcer l'hypothèse lycanthropique en faisant de cette Bête, un loup-garou.



Le Lycanthope de l'Orléanais.

La Bête d'Orléans : Un Lycanthrope de l'Orléanais.

Ces événements donnèrent lieu à l'écriture de fables et de complaintes sur la Bête de Chaingy, dont on peut supposer qu'elle ne fait qu'un avec la Bête d'Orléans.

Au travers de ces témoignages sur la Bête d'Orléans, que l'on retrouve d'ailleurs en Beauce sous des noms différents, certains auteurs ne voient qu'une sorte d'allégorie des temps de guerre et de famine.

L'histoire officielle retient que que le dernier loup de l'Orléanais fut tué à Chaingy en 1868 par un braconnier, Blaise Basset. La dépouille de l’animal est aujourd'hui exposée au musée des sciences naturelles d’Orléans.

Cette théorie de "légendes urbaines" ou plutôt de "légende rurales" ne ne trouve pas grâce à nos yeux, compte-tenu des nombreux témoignages avérés de 'époque. Au début du XIXème siècle, le monde paysan de l'Orléanais connaissait bien les loups, et seul un monstre très spécial a pu générer autant de terreur.

La Bête d'Orléans, loin de faire partie d'un Folkore de l'Orléanais était véritablement un monstre (animal fabuleux ou lycanthrope) qui terrorisa les populations paysannes, connaissant bien la Nature et leurs terroirs, pendant des années.

Quelques Sites à consulter :